Remerciements


Un grand merci aux entreprises sponsors qui ont soutenu mon projet et qui ont à cœur, le respect et la préservation de notre environnement:

ALES GROUPE

AQUILA CONSULTING

LABO A

FRANCE TRAVAUX

J'adresse également mes sincères remerciements au Docteur TOUBAL, à Messieurs COSPEREC, BELLADEN et DIU représentant respectivement les sociétés CRHD, STOPSON et Images et Technologies.

Par leurs conseils et leur engagement à mes côtés, toutes ces personnes ont eu un rôle majeur sur le plan de la logistique de mon projet.Je souhaite souligner également le dévouement dont ils ont fait preuve permettant ainsi la réalisation de mon Expériment tel que je l'ai rêvé.


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dimanche 15 mai 2011

Perry BARBOZA: Etude du Lichen

Perry BARBOZA (Professor, Department of Biology & Wildlife)
 J'ai décidé de rencontrer ce chercheur pour savoir ce qu'il en est en ce qui concerne les études sur le lichen dans cette Université de Fairbanks.

  "Le lichen? Mais pourquoi t'intéresses-tu à ça Fabien?"

Et bien mes amis, pour maintes et maintes raisons. Je vais juste vous annoncer quelques unes d'entre elles:
- Le lichen est très utilisé par les natifs que ce soit comme combustible, comme ingrédient pour la médecine traditionnelle, pour faire des vêtements (comme colorant), ou encore pour la fabrication de boissons alcoolisées.
- Le lichen est un indicateur de la qualité de l'air et du taux de radioactivité. En effet, le lichen a la faculté d'absorber et de stocker les substances de l'air, notamment celles de l'atmosphère. Le césium 137 est un exemple de composant radioactif stocké par le lichen.
- Le lichen est, comme la majorité des plantes, affecté par le réchauffement climatique. En effet, le dioxyde de souffre, sous-produit de la combustion des énergies fossiles, des aciéries ou encore de l'incinération des ordures ménagères, pénètrent dans les lichens et peut entraîner leur dépérissement et, à terme, leur mort.

 Alors qu'elles sont les recherches en ce qui concerne le lichen dans cette université? Je découvre alors que les dernières études faîtes à ce sujet concernent sa toxicité

Première surprise! Je me souviens encore d'une de mes rencontres à Halibut Cove, m'affirmant que les lichens arboricoles que nous pouvions voir étaient parfaitement comestibles. Il illustra ses paroles en mangeant les lichens. 
Est-il mort? Non! Après un petit moment, j'apprends que ce sont principalement les lichens présents sur les rochers et non pas les arboricoles qui ont un taux de toxicité parfois trop important pour l'homme.

Revenons à notre étude. 

  L'étude qui a été réalisée dans cette université de Fairbanks, portait en fait sur les caribous. Il s'avère que le lichen représente 60% de leur nourriture. Migrant vers le grand nord, ces caribous ne se nourrissent pas de lichens arboricoles mais bien des lichens qu'ils trouvent sur les rochers, autrement dit des lichens très toxiques. Comment ces mammifères arrivent-ils à surmonter ce taux de toxicité important? D'autres mammifères peuvent-ils surmonter cette toxicité?

Première question: Quel fut l'élément déclencheur de cette recherche?

  Il arriva dans les "low 48", en 2004 si mes souvenirs sont bons. Plus précisément dans l'état du Wyoming. Les elks (sorte de grands cerfs que l'on trouve également en Alaska) y vivent depuis des années. Toutefois, un déclin soudain est apparu dans cette population. Leur disparition si soudaine était alors inexpliquée. Des recherches furent faîtes à ce sujet. Le responsable: le lichen!

Deuxième question: Quelle furent les résultats?

  Le réchauffement climatique est passé par là! Avec ce phénomène, le lichen apparaît à des altitudes plus élevées et notamment dans l'habitant des elks, qui n'ayant pas conscience de leur toxicité les dévorent goulument. Résultat: la mort.
  En plus de cette constatation, une autre découverte majeure a été réalisée:

La toxicité des lichens change en fonction de leur exposition aux rayons ultraviolets (UV). Plus cette exposition est élevée, plus la toxicité du lichen le sera.

Troisième question: Et pour les caribous?

  En ce qui concerne les caribous, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais il s'avère que ces mammifères ont un système immunitaire extrêmement bien développé. Il peu aisément lutter contre la toxicité de ces plantes; ils possèdent notamment une bactérie qui permet de surmonter cette toxicité. Du point de vue, microbiologique l'exemple est totalement différent, mais d'un point de vue macroscopique on peut comparer cette résistance à la faculté qu'ont les poissons clowns à résister au poison des anémones (bien que je le répète toutes les interactions soient totalement différentes).

Quatrième question: Mais attendez, les natifs utilisent parfois le lichen pour faire du thé! Pourquoi ne sont-ils pas touchés par cette toxicité?

 Ils ont un secret! Ils préparent leur thé d'une façon bien particulière. (Et bien... Heureusement que je n'ai jamais eu l'idée de me faire une infusion avec du lichen. Ça aurait bien pu me passer par la tête!)

Grudo GROSSE: Etude du Permafrost


Grudo GROSSE

  Grudo GROSSE est un scientifique travaillant, tout comme Doctor Sergeï MARCHENKO dans le Geophysical Institute. D'origine allemande, il travaille en collaboration avec la NASA pour l'étude du permafrost. Cette dernière se porte plus précisément sur "la fonte" du permafrost. Je mets le terme "fonte" entre guillemets car scientifiquement parlant on ne peut pas réellement employer ce terme (en anglais on utilise le verbe "thaw" et non pas "melt". Donc soyons rigoureux).

  Ainsi Grudo GROSSE utilise les données satellites fournies par la NASA pour voir l'évolution du terrain au nord de l'Alaska. Avec le réchauffement du permafrost, on peut avoir différent phénomènes, mais on a dans tous les cas, une modification de la flore. Les vues satellites révèlent ces modifications. Tout d'abord, le sol s'affaissant, les arbres s'effondrent. La modification de la flore est donc l'un des premiers signe de modification du permafrost. A un stade plus avancé, on peut voir l'apparition de lacs. Plusieurs phénomènes peuvent alors se produire à partir d'une petite flaque initiale issue de la "fonte" du permafrost. Soit, avec l'érosion, cette flaque s'étend, modifiant radicalement le paysage et créant un lac qui ne cesse de croître, soit elle crée un lac qui s'évapore par la suite, soit elle s'évapore dès le début., ... Le paysage peut être d'autant plus affecté si un lac s'agrandissant rejoint une rivière, par exemple! Bref, plein de scénarios peuvent se produire. C'est donc le travail de cet homme que d'en analyser et d'en répertorier l'évolution. Encore une fois, ces données sont très utiles pour les exploitants de pétrole dans le North Slope.

 Je lui demande s'il est d'ores et déjà possible de faire des prévisions à partir de ces résultats. En effet, les données qu'ils exploitent sont issues d'étude faites sur environ 60 ans. Il me répond par l'affirmative. Ils sont apparemment en mesure de faire ces prévisions. Toutefois, il ne me justifie pas le fait que ces prévisions n'existent pas. Peut-être tout simplement qu'aucun organisme n'en a, pour le moment, vu l'utilité. Enfin, je reste quand même perplexe.

  Au fait, saviez-vous que les exploitants pétroliers créent, en hiver, des routes entièrement de glace? Elles sont assez résistantes pour supporter la circulation de poids lourds. Personnellement, je trouve ça assez incroyable. Je ne sais pas si cette solution restera envisageable dans les prochaines décennies.

Une forêt boréale en pleine mutation


  Roger RUESS (Associate Director of Ecology and Wildlife) est le premier scientifique que j'ai contacté avant mon arrivée à Fairbanks. Il m'avait très aimablement proposé de nous rencontrer dans son bureau dès que je serai sur les lieux. Ayant oublié de l'immortaliser avec une petite photo, vous n'aurez pas l'honneur de voir son visage. Désolé pour ce petit oubli technique.

  Ce scientifique est membre de l'IAB (Institute of Arctic Biology). Notre discussion portera notamment sur les études réalisées par l'IAB en ce qui concerne les forêts boréales d'Alaska, mais aussi du Canada. Une discussion très intéressante!

  De nos jours nous assistons à un phénomène particulier: la forêt boréale se transforme. Les feuillus prennent le dessus sur les conifères! Comment? Telle était mon interrogation face aux paroles savantes du professeur RUESS.
  Pour comprendre ce phénomène il faut avoir quelques prérequis que j'ai acquis au fur et à mesure de la conversation. Je vais vous les donner dès le début. Cela facilitera la compréhension.

  Il y a une chose à savoir et si vous la connaissez d'emblée, vous comprendrez toute la suite. Ne vous inquiétez pas c'est très simple: l'intensité des feux de forêts détermine qui va prendre le dessus par la suite (les conifères ou les feuillus). Deuxième chose importante à savoir d'un point de vue général et que j'ai eu du mal à croire, c'est l'origine de ces feux de forêts. L'origine des feux de forêt la plus fréquente est: les éclairs. Durant mon séjour en Alaska, Roger RUESS n'a pas été le seul à me le dire; les éclairs sont les grands coupables des feux de forêt dévastateurs en Alaska ou au Canada.

La majorité des forêts, à partir d'une certaine altitude, est composée de "black spruces" (épicéas noirs). Ces "black spruces" qui sont donc des conifères gardent l'avantage par rapport aux feuillus lorsque des feux de forêts de faible intensité ont lieu. Dans une telle situation, le sol restant globalement humide, ils continuent à croître plus rapidement que les feuillus, les privent de soleil et donc gardent l'avantage.
Maintenant que se passe t-il avec le réchauffement climatique? Et bien les feux deviennent tout simplement plus intenses! Fini les conifères et place aux feuillus! C'est la transformation à laquelle nous faisons face en Alaska. Ce qui est ironique dans tout ça, c'est que cette transformation tend à arrêter le réchauffement climatique (c'est ce qu'on appelle un "negative feedback", retour négatif). Ah! Pourquoi? D'une part, les feuillus ont une surface plus importante que les conifères, ce qui implique une consommation en CO2 plus importante! D'autre part, il y a quelque chose de très important dans l'étude du réchauffement climatique, ce qu'on appelle dans le langage scientifique "albedo". Il s'agit ni plus ni moins de la réflexion de la lumière par une surface.

Allez, une question pour savoir si vous suivez. Quelle est actuellement l'énorme surface ayant un effet albedo élevé qui tend à disparaître suite au réchauffement climatique? 
Réponse: La calotte polaire!

Revenons à notre forêt. La nouvelle forêt de feuillus a une couleur plus claire que la forêt de conifères précédente. En conclusion, un effet albedo plus grand c'est à dire plus grande réflexion de la lumière, ce qui est l'équivalent d'un "negative feedback", qui tend à refroidir la terre.

Attention: vous l'aurez compris "negative", ici ne veut pas dire "mauvais", il veut juste dire que ce phénomène entraîne un refroidissement de la terre, effet dit "cooler".

  Mais alors super! Éradiquons les épicéas au profit des feuillus! Très mauvaise idée! D'une part le réchauffement climatique est TRES largement plus rapide et plus important que ce petit "effet cooler". De plus, je vous le rappelle, on ne sait pas ce que l'on ne sait pas... Qui sait ce qui peut arriver par la suite en appliquant cette méthode? Qui nous dit qu'il n'y a pas actuellement d'autres phénomènes qui intéragissent?

Sergeï MARCHENKO: Modélisation du permafrost

Doctor Sergeï MARCHENKO (Associate Professor of Geophysics)

 S'il y a bien quelque chose de préoccupant en Alaska, c'est bien le permafrost. Qu'est ce que précisément le permafrost? Et bien pour faire simple, comme son nom l'indique (perma-frost), il s'agit d'un sol qui est en permanence gelé. En quoi cela est il important? Avec le réchauffement climatique le permafrost se réchauffe et donc "fond". Aussi, les routes menant aux exploitations pétrolières dans le North Slope (Prudhoe Bay) se déforment et deviennent impraticables, le sol sur lequel repose le transalaska pipeline devient instable et pose de nombreux problèmes, le dégagement de CO2 issu de la fonte de ce permafrost associé à la modification du paysage que cela entraîne ne fait qu'accroître l'effet de serre (j'y reviendrai dans la discussion avec Grudo GROSSE ). Tous ces exemples (parmi tant d'autres) sont autant de préoccupations majeures aussi bien pour les exploitants de pétrole que pour les environnementalistes.

 Conscient de l'importance de l'étude du permafrost, j'ai décidé de me rendre dans le Geophysical Institute pour rendre visite à Sergeï Marchenzo. Ce scientifique russe est à l'origine d'un système de modélisation du permafrost. Ayant travaillé des années en Russie, il apporta son savoir en Alaska. Aussi, il créa un modèle pouvant prévoir l'évolution du permafrost. Données précieuses sur lesquelles de nombreux organismes reposent leurs plans d'actions. Sa modélisation s'est avérée jusqu'à présent très précise. Il est, à l'origine, parti de données récoltées sur 15 ans, qu'il a ensuite étendu par extrapolation et hypothèses.

  Il m'explique de multiples choses parfois difficile à comprendre je l'avoue. Je retiens notamment l'une des principales difficultés d'une telle modélisation; il est difficile de faire des prévisions sur de larges surfaces. Ces prévisions ne peuvent être précises que si elles sont locales. En effet, plusieurs facteurs rentrent en considération lors de prévisions et ces derniers (tels que par exemple, la quantité d'eau dans chaque couche), varient considérablement d'un lieu à un autre.

  Il m'explique également la différence entre deux modes de modélisation; l'un basé sur les données moyennes relevées, l'autre fondé sur les données relevées en permanence ("Continuous model") bien plus complexe. Le modèle basé sur les données moyennes est, d'après Doctor MARCHENKO, suffisant pour la majorité des organismes exploitant les résultats.

  Je lui demande alors comment il compte faire intervenir dans sa modélisation l'effet du réchauffement climatique qui est présent depuis peu. En effet, comme le dit James Hansen dans son livre Storms of my grand-children,  "We don't know what we don't know", ce qui fait toute la complexité des modélisations de façon général (bien que, je précise, dans son livre James Hansen fasse référence à la modélisation du changement climatique en prenant en compte ce qu'on appelle les "climates forcing" et les "feedbacks"). Il le reconnaît, sa modélisation est basée sur des hypothèses (comme toutes modélisations) et bien que pour le moment tout s'avère extrêmement précis, qui sait ce qui va entrer en jeu dans les décennies à venir, et peut être perturber tout ça...

  Il continue toutefois à améliorer sa modélisation en travaillant en collaboration avec d'autres chercheurs, en combinant notamment le modèle hydraulique et le modèle thermodynamique. La complexité de cette étude me met à rude épreuve. Je ne vais donc pas m'étendre sur ce sujet.

CCHRC: Discussion avec Nathan WILTSE

Nathan WILTSE, Building Energy Economist/Project Manager in CCHRC
Alors tout d'abord qu'est ce que CCHRC? 

  Il s'agit d'une entreprise à but non lucratif qui n'est pas associée à l'université de Fairbanks. CCHRC signifie Cold Climate Housing Research Center. Leur objectif, d'un point de vue large, est d'aider les particuliers en optimisant les performances énergétiques de leurs logements, que ce soit en agissant avec une construction plus performante ou bien par l'installation de systèmes exploitant les énergies renouvelables: panneaux solaires, éoliennes, barrages hydrauliques, ...

Voilà exactement comment ils définissent leur mission:

Promoting and advancing the development of healthy, durable, and sustainable shelter for Alaskans and other circumpolar people.

Vous comprendrez pourquoi ma définition de leur objectif est plus large à mes yeux. Place à la discussion.
F.G: " Quels genres de projet avez-vous fait jusqu'à présent?"
N.W: " Nous avons depuis 2007, réalisé deux projets majeurs."

  Je fais alors un aparté dans la discussion (oui, je sais après deux phrases c'est tôt). Toutefois, nous avons parlé plus de 45 min de ces projets et je vais donc vous abréger tout ça, en pointant du doigt les détails les plus importants:

 Que dire de ces projets? Réalisés dans des zones très reculées d'Alaska, ils apportent un véritable plus pour les communautés. En effet, CCHRC ne se contente non pas d'apporter des améliorations considérables en matière d'efficacité énergétique (meilleures isolation, exploitation de ressources naturelles), mais se présente également comme une alternative économiquement très intéressante, prenant en compte les défis climatiques à relever.

Explication:

  Ces deux projets, ayant eu lieu en 2009 et 2010 étaient dans des lieux très reculés où les matériaux ne peuvent être apportés que par avion. Or, le choix des matériaux et l'utilisation de nouvelles technologies (sorte de spray de mousse durcissante à forte isolation, poutres en acier au design particulier au lieu de poutre en bois, REMOTE Wall, ...) permettent de réduire le nombre de transports de 4 aller-retour de cargo à 1 seul et unique! Le gain économique est alors énorme! A ceci s'ajoute l'utilisation de matériaux parfois moins chers. Bref, allons directement aux chiffres. Pour les individus concernés le coût de leur habitation passe de 750 000 $ à ... 250 000 $! Impressionnant! Réduire le nombre de transports porte ses fruits! Le transport les amis le transport! Un axe essentiel à améliorer et cela dans tous les secteurs!
  Ils doivent d'autant plus s'adapter aux conditions météorologiques. Par exemple pour le projet 2010, un des problèmes majeurs était la pluie combinée au vent. Le vent souffle dans cette région à 150 km/h! A cette vitesse, les gouttes d'eau ne tombent plus verticalement mais se propagent horizontalement, telles des balles de fusils, pouvant à long terme ouvrir des brèches dans les angles des habitations et entraîner des fuites à l'intérieur de la maison et qui dit fuite, dit humidité, dit froid, dit problèmes de santé, ... Bref, à éviter à tout prix. Une des solutions simples appliquées par exemple est le design de l'habitation. La forme de la maison, en l’occurrence hexagonale, diminue la prise au vent.

F.G: "Donc vous n'êtes pas membre de l'UAF. Pourtant cela pourrait être intéressant pour vous de vous associer au Alaska Center of Energy and Power (ACEP) de l'UAF! Il semblerait que vos objectifs convergent vers un but commun. N'y a t-il aucune démarche de collaboration entre ces deux unités?"
N.W: "Nous sommes bien différents. Il se trouve que le CCHRC a été créé en 2007. Nous souhaitions alors savoir si nous étions sur la même longueur d'onde que l'ACEP. Il s'avère que nous divergeons. Non pas sur l'objectif général mais plutôt sur l'échelle de nos actions. L'ACEP agira pour des communautés (par exemple 100 personnes), tandis que le CCHRC agira à l'échelle des particuliers. Nous travaillons toutefois à accroître nos relations au travers de nouveaux projets."
F.G: "Pourquoi n'avez vous pas étendu votre savoir-faire sur Fairbanks ou même Anchorage?"
N.W: "On ne veut pas forcer les gens à nous suivre dans notre démarche écologique. On veut qu'ils soient séduits, emballés et enthousiastes quant à l'idée de faire des maisons écologiquement performantes. Si nous apportons notre savoir-faire et l'imposons nous devrons faire face à une réticence de la part des gens.
F.G: "D'accord. Cependant, en ce qui concerne les low 48, avez vous apporter vos idées là-bas? Avez vous été sollicités par des particuliers?"
N.W: "Non, pas vraiment. En effet, ce qui nous rend en partie attractif pour les communautés circumpolaires d'Alaska mais aussi du Canada, c'est le prix des énergies fossiles. Bien sûr, nous pouvons prouver à tout moment les performances de nos habitations. Scientifiquement il n'y a aucun doute quant à leur efficacité, bien plus élevée que la grande majorité des logements actuels. La difficulté pour importer nos performances dans les Low 48 est de rester économiquement intéressant."

Là encore je me rappelle l'exposition des énergies renouvelables à laquelle j'avais assisté. Un panneau affichait le prix du fioul pour les différentes communautés d'Alaska.



D'après cette carte (veuillez m'excuser pour la mauvaise lisibilité), le record du fioul (mazout) le plus cher est détenu par la communauté Arctic Village, avec 10$ par gallon (soit 2,64 $/L). Ce dernier est très proche de Anaktuvuk Village (lieu du projet 2009).

Ce que j'en pense:

  Tout comme la guerre est connue pour apporter d'énormes avancées techniques dans les domaines de la médecine ou de la technologie militaire (et bien d'autres secteurs), le CCHRC devant faire face à des conditions climatiques extrêmes pousse les recherches en matière de développement et de construction écologique au maximum. Construire est en Alaska un véritable défi. Les membres du CCHRC doivent alors se surpasser pour faire évoluer les méthodes actuelles de construction et les systèmes de récupération d'énergie. Personnellement, je trouve leurs projets très excitants. Outre le fait qu'il s'agisse d'un véritable challenge, en voir les résultats au travers de leurs projets, de leurs constructions est la preuve que l'on avance, que l'on prend des actions, qu'on bouge! Il m'apparaît très clairement que ce groupe est actif et qu'il doit être un exemple à suivre. C'est en se surpassant par de véritables défis que l'on peut tirer le meilleur de la technologie. CCHRC est un groupe pionnier en matière de construction et de développement "verts". C'est avec ce genre d'entreprise à but non lucratif que je crois en un avenir meilleur.

Brent J. SHEETS: Alaska Center for Energy & Power

Brent J. SHEETS: Regional Manager of Alaska Center for Energy and Power

ACEP: Alaska Center for Energy & Power

  Lors de notre discussion, Richard WEIS me révèle alors l'existence de l'ACEP. Je m'y rends sur le champ. Encore une fois, je suis très chaleureusement accueilli. A peine rentré dans les bureaux de l'Alaska Center for Enegy & Power (département de l'Uiversité de Fairbanks), qu'on se met en quatre pour m'orienter. Je rencontre alors Brent J.Sheets qui avec son sourire communicateur est ouvert à toutes mes questions.

Fabien GATTO: " Quel est l'objectif de l'ACEP?"
Brent J.SHEETS: " Notre objectif est de fournir une énergie fiable et abordable  aux communautées éloignées. Le prix du fioul est extrêmement élevé pour ces communautés et il leur est parfois difficile de subvenir à leur besoin énergétique."
F.G:"Vous n'offrez donc pas d'aides financières. Quelles sont les recherches et les actions menées par l' ACEP?"
B.S : " Et bien, nous aidons à l'installation de systèmes exploitant des énergies renouvelables. Nous aidons également à stocker l'énergie de façon écologique, notamment à l'aide des "flow battery". Les systèmes utilisant les énergies renouvelables founissent de l'énergie, toutefois cet apport énergétique est aléatoire (dépend de la vitesse du vent pour l'énergie éolienne, dépend du courant pour l'énergie hydraulique, ...). Le générateur alimenté par du fioul intervient alors pour ajuster la production énergétique en fonction de la demande. Nous assurons de plus la sécurité de ces systèmes; demain, un de nos employés part installer un déviateur de détritus sur une rivière. L'objectif est alors d'éviter la présence de détritus (tels que des troncs d'arbres par exemple) dans un barrage hydraulique."
F.G: " Pourquoi votre stratégie persiste-t-elle à se reposer sur les énergies fossiles telles que le pétrole? N'est il pas possible pour ces villages d'être totalement dépendant des énergies renouvelables? Ces dernières, bien qu'aléatoires, pourraient charger en permanence des batteries qui répondraient à la demande énergétique de la communauté. Après tout, ils n'utilisent pas beaucoup d'énergie."
B.S: " Ah! Peut être qu'en moyenne leur utilisation énergétique est faible mais ce qu'il faut également prendre en considération, c'est la "demande instantanée". Prenons un exemple. Pour ces communautés l'un et, le plus souvent, seul moyen de rejoindre leur village est de prendre l'avion. Un avion veut atterrir de nuit. Il a besoin alors de voir la piste atterrissage. Pour allumer toutes les lumières de la piste atterrissage, la sollicitation énergétique est énorme à ce moment précis! On n'a pas encore trouver d'autre solution que d'utiliser le fioul pour alimenter des générateurs pour subvenir à cette demande soudaine. Les batteries ne peuvent pas encore répondre à ce besoin. "
F.G: " D'accord. Mais envisagez-vous toutefois, à terme, d'y parvenir? "
B.S: " Oui. Il s'agit d'un de nos objectifs à long terme. Trouver une solution, que ce soit par le stockage de l'énergie ou par l'efficacité des énergies renouvelables ou par d'autres moyens, de rendre les communautés totalement indépendantes des énergies fossiles."
F.G: " Que ce soit en été ou en hiver?"
B.S: "Non. Nous nous focalisons sur l'été. La barre est déjà assez haute. L'hiver c'est une autre histoire. Ici, ils sont extrêmes. Les natifs ont besoin de prendre leurs véhicules pour aller chasser le caribou par exemple. Ils doivent aller dans le bush. D'une part, à -40 °C (ou °F, c'est la même chose), il est impossible de faire démarrer un véhicule électrique et d'autre part les véhicules électriques, avec le poids imposant de leur batteries, ne sont pas appropriés au difficile terrain sur lequel les natifs utilisent leurs véhicules. Ce dernier argument est, par ailleurs, vrai aussi bien en été qu'en hiver. De nos jours, seul l'essence peut satisfaire cette exigence."
F.G: " Quelle est l'énergie renouvelable en laquelle vous avez le plus d'espoir."
B.S : " En ce qui concerne l'Alaska, l'énergie renouvelable la plus prometteuse est l'énergie hydraulique. Elle est toutefois difficile à exploiter. Les barrages hydrauliques doivent par exemple faire face à des détritus. Un autre problème est le respect de l'écosystème de ces rivières. Clairement, un barrage hydraulique va modifier le courant. Il est nécessaire de bien réfléchir aux répercussions qu'auront ces projets avant de les appliquer. "

Richard WEIS

Richard WEIS, Associate Professor, Electrical and Computer Enginering
 Sous conseil de C.P Price, professeur rencontré durant mes recherches, je rencontre Richard WEIS qui me reçoit chaleureusement. Je lui explique ma situation, mes recherches et mes objectifs. Nous avons alors un échange intéressant, que je vous invite à mettre en corrélation avec mon étude de la première chaudière à énergie Biomasse.

Fabien GATTO: " Pourquoi avez-vous tant d'ingénieurs formés dans le domaine des exploitations des énergies fossiles et pas davantage dans les énergies dites "vertes"?"
Richard WEIS: "Eh bien, je pense que c'est tout simplement parce que nous sommes à Fairbanks. Les activités de ces secteurs sont à proximité de l'université et offrent des opportunités d'emploi aux diplômés."
F.G: " Ne serait-il toutefois pas intéressant d'axer les formations de l'université dans l'exploitation des énergies renouvelables?"
R.W: " Tu sais ce n'est pas si simple. Je vais te répondre par ce que je réponds à toutes les personnes avec qui je débats sur ce sujet. Les énergies renouvelables, c'est bien. Toutefois, existe-t-il une énergie renouvelable assez "efficace", susceptible de remplacer totalement les énergies fossiles sur lesquelles reposent notre monde de nos jours?"
F.G: "Non..."

Je me remémore alors les valeurs que j'avais lues lors de la petite présentation sur les énergies renouvelables au Museum of the North à l'UAF. Ci-dessous, chaque ligne produit autant d'énergie:

0.9 gallon/3.4 L de chauffage au mazout
1 gallon/3.8L d'essence 
17.4 jours de soleil sur un panneau solaire 
5 jours avec un vent à 28 milles/h (45 km/h) sur une éolienne
5 gallons/18.9 L  d'eau à une élévation de 444 milles (714.5 km!!
17,3 lbs/11.8 kg de bois 
16.25 lbs/11.36 kg de charbon 
1 heure de chauffage d'un bloc de granite de 5.2 kilomètres cube  
1.22 mg d'uranium 235

J'espère que je vous ai convaincu...

R.W: "C'est pour ça que de mon point de vue, il faut certes agir avec les énergies renouvelables mais aussi et surtout optimiser l'utilisation des énergies quelles qu’elles soient (dont les énergies fossiles)!"

Là encore je me rappelle un des PDF d'une des présentations de Tom MARSIK (un de ses collègues), consultable et téléchargeable sur le net: E.E vs R.E (Energy Efficiency vs Renewable Energy) que je vous invite à consulter.

R.W: "Et il faut aussi que tu penses à d'autres choses. Tu vois cette bouteille de plastique là. Tu vas faire une bonne action, tu la recycles. Oui, sauf que tu la mets dans la poubelle de l'université qui lui est attribuée. Soit, mais après cette bouteille est amenée par camion à Anchorage, pour ensuite être chargée sur un bateau qui va la recycler dans les low 48 (autres états américains)."
F.G: "Vous en êtes sûr?"
R.W: "J'ai travaillé sur ce sujet."
F.G: "C'est effectivement un déplacement de pollution auquel je n'avais pas pensé, bien que les déplacements de pollution soient un axe de progression très abordé durant nos études à l'ICAM. Enfin, c'est surtout que je croyais que l'Alaska possédait des centres de recyclage à proximité"
R.W: " Et non. Et c'est pour ça que de mon point de vue la préservation de l'environnement se fait localement."

Vous l'aurez compris, il y a deux choses importantes à retenir de cette discussion:

1) Les énergies renouvelables ne peuvent absolument pas remplacer dans un bref délai les énergies fossiles, d'où l'importance de se focaliser, en parallèle, sur l'efficacité de nos énergies actuelles (meilleure efficacité implique moins de consommation pour autant d'énergie produit)
2) Les actions de préservation de l'environnement, telles que le recyclage doivent être effectuées localement pour prévenir les rejets néfastes dus au transport.

Première chaudière à énergie Biomasse!


Et oui ! Vous avez le droit en exclusivité à la présentation de la première chaudière à base d’énergie Biomasse mise place en Alaska dans la petite école primaire de TOK !  Cette dernière étant encore en construction et ayant été partiellement active cette hiver, je ne peux pas vous donner d’informations plus fraîches !

Situation initiale :

  Il y a une menace extrêmement importante au Canada et en Alaska : les feux de forêts. J’aurai l’occasion de vous en parler plus en détail dans l’interview de Roger RUESS (travaillant à l’Institut Arctic of Biology) mais les feux de forêts sont, pour la très grande majorité, dus aux éclairs ! Les chiffres sont assez impressionnants à ce qui paraît (je verrai si j’ai le temps de vous les trouver) ! 
  Or TOK est, comme beaucoup de villes en Alaska, en plein milieu de la forêt, en d’autres termes très exposée à un incendie destructeur. Elle a d’ailleurs failli être entièrement brûlée l’année dernière avec un incendie de forêts dévastateur, dont la propagation a heureusement été partiellement maitrisée pour ne pas atteindre le village de TOK. Je ne sais pas si vous vous rendez compte la vitesse de propagation de ce genre d’incendie… 1 miles en 10 minutes environ 10 km/h…
  Pour prévenir ce genre de drame, une des méthodes consiste tout simplement à couper les arbres autour de la ville. Ainsi, un espace vide coupera l’incendie dans sa course et préservera la ville. Les arbres abattus sont alors réunis et brûlés. Ah ! Brûlés… comme ça… Ça c’est une perte d’énergie et c’est là que réside toute la beauté de cette nouvelle technologie ! 

Prérequis

  Le bois, s’il est brûlé sans être sec, est un véritable fléau pour l’environnement. Le dégagement de CO2 du à la combustion, associé à la vapeur d’eau (qui est aussi un gaz à effet de serre) contribue au réchauffement climatique. De plus, il s’agit d’énergie gaspillée. Aussi, des mesures sont prises ! Les arbres coupés sont stockés dans un endroit pour sécher pendant au moins 1 an (parfois 2 ans). Ils sont alors plus aptes à brûler proprement
Arbres récemment coupés, en attente d'être stocké au sec.
  Un autre moyen d’augmenter l’efficacité d’une combustion à base de bois est tout simplement de le découper en de petits morceaux ! Aussi, plus d’oxygène est mis enjeu dans la combustion d’un corps plus petit d’où une combustion plus écologique et efficace

La technologie biomasse :

 Récapitulons avec tous les pré requis ci-dessus : le bois est stocké 1 ou 2 ans pour être sec, puis passe dans une machine spéciale qui le broie et transforme les troncs en copeaux (« wood chips »). Excellent ! Nous avons du bois susceptible de brûler de façon optimale ! Dégagement de chaleur optimisé et rejets de gaz à effet de serre atténué (mais PAS inexistant). Bon très bien. Ce bois, on le dépose dans un grand réservoir de stockage, par ces larges portes.


Une fois stocké, il se trouve au fond du réservoir, une machine (dont je vous passe la description du fonctionnement bien que passionnant et très simple) similaire à celle qu’utilisent les agriculteurs pour alimenter les vaches, qui à l’aide d’une longue hélice déplace les copeaux jusqu'à un tapis roulant 


Le tapis roulant les mène par la suite dans une boîte ou des capteurs bloquent ou ouvrent la sortie en fonction du taux de remplissage. Les copeaux sont ensuite déversés dans le four, alimenté à pression constante par un surplus d’air (et donc d’oxygène) qui encore une fois améliore la combustion. Bref ! Génial !

Pour finir, le four se trouve en dessous de l'eau stockée. Cette dernière est chauffée et part dans le système de chauffage de l’école.

TOP ! Là vous avez la version simplifiée (mais déjà bien complète et largement suffisante) et je vous rassure je ne vais pas la compliquer. Ce système décrit ci-dessus est celui qui a été lancé cet hiver par l’école et qui a marché, à merveille ! Toutefois, il est toujours en construction. Et oui, l’école y apporte une amélioration! Un générateur d’électricité alimenté par la vapeur d’eau en provenance de la chaudière. Cette dernière génère une action mécanique en passant dans les turbines et créent de l’électricité. La vapeur d’eau, par l’intermédiaire d’un échangeur de chaleur redevient de l’eau qui est alors renvoyée dans la chaudière ! JACK POT !
Ce qui se passe à TOK :

Système de chauffage de l’école auparavant :

Auparavant, l'école était équipée de 2 systèmes de chaudières alimentées au pétrole. En dessous de -40°F (assez fréquent durant l’hiver) les 2 sont activées. Sinon, seule une d’entre elles fonctionne.
Prix : Lorsque l’une d’entre elle est activée tout l’hiver, cela coûte 200 000 $ à l’école. Les 2 étant fréquemment activées en même temps, on va dire que cela fait 400 000 $/an de prix de chauffage pour cette école.
Efficacité de ces chaudières: 0,76% (à comparer avec les valeurs du tableau que vous trouverez en lien par la suite)

Nouveau système :

  La chaudière a déjà été testée cet hiver à une combustion bas régime qui est la meilleure combustion du point de vue rejets de gaz à effet de serre. Toutefois, il faut nuancer en prenant en considération l’efficacité et le générateur électrique alimenté par l’action mécanique des turbines sous l’effet de la  vapeur d’eau, qui va être rajouté dans les prochains mois, d’où les travaux actuels) . Le fonctionnement du générateur nécessitera alors une combustion  moyenne ou élevée, offrant alors une meilleurs efficacité bien qu'entrainant des rejets en gaz à effet de serre plus importants.

Aspect économique :

Coût du projet : 3.8 millions de dollars
Coût par ans : 100 000 $                                                   Au lieu de : 400 000 $ par an (2 x 200 000 $)
Donc un gain de : 300 000 $ par an !

Amortissement du projet : L’école n’étant pas une entreprise à but lucratif, l’amortissement sera fait au bout de 10/12 ans. Il a été calculé que dans le cadre d’une entreprise soucieuse de faire des bénéfices, l’amortissement sera fait normalement en 7 ans. Autrement dit très intéressant !

Remarque: Economiquement parlant, la forêt, qui auparavant ne "valait" rien, par ce système a une valeur estimée à 494 $ par hectare (200 $ par acres).

Les points négatifs :

·         Ce système n’est PAS « 100% propre » ! Le dégagement de CO2  y est toujours présent ! Toutefois, il est minimisé et la combustion est optimisée !
·         Un danger ! Et oui comme je vous l’ai dit, ce système se fait à une pression constante. Pression, qui par insuffisance de précaution lors de la manipulation, peut tout simplement faire exploser le bâtiment et tout raser aux alentours. De même, si un feu se déclenche ou atteint ce bâtiment, adieu TOK. Je connais l’explication scientifique et les curieux sont bien évidemment bienvenus à me rencontrer pour aborder ça en profondeur ! Cet argument explique la réticence de la municipalité à mettre en œuvre un tel projet dans une école primaire.

 Ce que j'en pense:

Ce qui est fort, de mon point de vue, c’est que ce système accroît l’efficacité de cette source énergie, fait utilisation d’une énergie renouvelable (le bois), évite une polluante combustion des arbres considérés auparavant inutiles et est économique (ce qui est souvent le critère le plus difficile à satisfaire)! Je trouve cette technique d’utilisation excellente car bien que toujours polluante on vise l'optimisation de son utilisation pour réduire notre impact environnemental. J'ai appris durant mes recherches que l'on ne peut pas se focaliser uniquement sur les énergies renouvelables pour assurer notre avenir. Nous sommes bien trop dépendants des énergies fossiles pour faire un tel "saut". On doit avancer rapidement mais progressivement. Et par progressivement, j'entends l'optimisation de l'efficacité des énergies fossiles ou renouvelables, telles que le bois (qui reste polluant je le rappelle)! Bien que je confirme que cette progression doit être très rapide! Il faut agir et vite! Cette action est à mes yeux un exemple pionnier.
S'il vous plaît, ne portez pas de jugement sans avoir lu les interviews des scientifiques de l'UAF à venir. J’illustrerai mon point de vue avec ces témoignages que j’ai recueillis à l’université de Fairbanks.


Rencontre avec Michaël Opheim


Michaël Opheim: Tribe Environmental Coordinator (Seldovia)


  En lisant ces trois mots je me doute que la plupart d'entre vous se posent la même question:
 
"Qu'est ce qu'un Tribe  Environmental Coordinator."

Ne vous méprenez pas quant à la signification du terme "Tribe"; cela ne désigne pas une tribu comme on pourrait l'imaginer (Inuits, Athapascans, Inupiat, Aluttiq, ...). Non, "Tribe" est un nom donné par l'administration pour désigner une collectivité. Aussi, il est nécessaire de rappeler que cette rencontre a eu lieu à Seldovia (284 habitants). L'homme que vous voyez là est en charge de la communication entre cette "tribe" qu'est Seldovia et les diverses organisations, telles que Alaska Fish and Wildlife Service. Dans ces recherches et expérimentations, il est accompagné de toute une équipe, composée aussi bien d'étudiants, que de chercheurs. 

Aussi, je ne suis pas très surpris lorsque j'apprends que l'une de ces dernières recherches à été sur les "kelp plants", étude que j'ai eu le temps de lire de long en large au Pratt Museum (Homer). Les chercheurs avaient alors tenté de découvrir par l'analyse du courant marin à l'entrée du Cook Inlet, comment ces Kelp plants (très utilisées notamment par les loutres de mer, s'enroulant dedans) se répandent dans cette zone. Ils ont alors mis en exergue l'intervention du courant marin de Kachemak Bay (bras de mer à l'Est de Seldovia) qui empêche les graines d'entrer dans cette zone et les maintient dans l'autre partie du Cook Inlet. Ils mirent également en avant l'importance de la côte sud (près de Seldovia) qui sert pour de nombreuses espèces (aussi bien faune que flore) comme zone de reproduction. La zone située en face de Seldovia (Côte de Anchor Point à Homer) dépend entièrement de cette zone de reproduction.

Cook Inlet
Leur principal soucis est la disparition des Black leather Chitou ou Bidarki. Tandis que la pêche intensive avait été pointée du doigt en ce qui concerne la disparition des saumons dans Seldovia Bay, la cause du déclin de la population de Bidarkis y est encore inconnue! Autre problème: il ne s'agit pas du seul crustacé en voie de disparition. Clams et couteaux subissent le même sort! Et ce n'est pas tout! Il s'agit d'une source de nourriture importante pour les natifs et les habitants de Seldovia. Leur disparition est donc un problème majeur. Port Graham, petit village un peu plus au sud de Seldovia a également constaté ce déclin. Y a t' il une seule cause? Y en a t-il plusieurs? Réchauffement climatique? Pêche intensive? Prédation naturelle des loutres de mer? Modification des courants marins? Autant de mystères à élucider pour cette équipe, qui tente de débloquer des fonds pour poursuivre leur recherche.

Note:

Au nord de Katmaï, de l'autre côté du Cook Inlet, une "tribe" est en pleine lutte pour préserver son environnement! Origine du débat: La découverte de mines de charbon. L'état veut les exploiter. Toutefois les travaux considérables que cela engendrerait auraient un impact catastrophique sur la rivière avoisinante où les saumons viennent se reproduire. Toute atteinte à ces eaux dissuaderait les saumons d'y retourner. En effet, il a été démontré que les saumons ne retournent dans leur rivière que si cette dernière est complètement "pure".

Je demande alors à Michaël Opheim pourquoi toutes les "tribes" n'unissent pas leur force pour faire pression. Il s'avère qu'ils sont bien peu nombreux et que la quantité de problèmes auxquels ils doivent faire face est bien trop élevée. De surcroît, ces problèmes sont  trop dispatchés pour qu'ils puissent intervenir ensemble. En gros, chacun à ses problèmes qu'il tente de résoudre et c'est déjà bien assez compliqué de défendre sa part.

L’Alaska est une terre qui en plus d'être une terre encore sauvage, demeure extrêmement fragile. L'exploitation irraisonnée de ses ressources par les hommes peut la détruire. Plus j'avance dans mon aventure, plus je me rends compte que cette Dernière Frontière est bien plus que menacée, elle est en perdition.

Interview de Sven Haakanson




Sven Haakanson est actuellement directeur du Alutiiq Museum à Kodiak

  Cette interview de 1h30, ayant eu lieu en anglais, est traduite en français par mes soins. Je retranscris ici, le plus fidèlement possible notre conversation par les souvenirs que j'en ai gardés.

Q: J'ai pu visiter votre musée avant de vous rencontrer et j'aurais donc à ce sujet, quelques questions à vous soumettre. De nouveaux projets sont-ils en cours pour 2011?
R: Il ne s'agit pas de nouveaux projets. Nos travaux sur les pétroglyphes, débutés en 2010, ne sont pas achevés! De ce fait, nous continuons cette année à répertorier l'ensemble des pétroglyphes que nous trouvons au Sud-Est de l'île au Cap Alitak. Nous n'avons pas fini de tous les découvrir et nous comptons bien en répertorier un maximum!

Q: Ah d'ailleurs, à ce sujet, j'ai cru comprendre que les pétroglyphes étaient menacés par l'érosion, car ils se situent, pour la majorité sur les plages. Du fait, qu'il s'agisse de "gravures" sur des rochers, pourquoi ne redessinez pas vous mêmes ces "gravures" en suivant les traits visibles?
R: Ce n'est pas à nous de décider de l'avenir de ces pétroglyphes. Ce patrimoine culturel appartient aux natifs Alutiiq. C'est à eux de décider ce qui veulent en faire par la suite: les "retracer" ou laisser l'érosion faire son travail, la vie continue. Ils ne se sont pas encore décidés à ce sujet.

Q: Les 6 villages natifs sont-ils concernés par cette problématique?
R: Non. La décision ne relève que du village Akhiok. Ils ne sont que 58 habitants là-bas mais malgré ce petit nombre, la décision est difficile à prendre. Cette question les préoccupe sérieusement. 

Q: Est-ce que les villages natifs de Kodiak ont ressenti le phénomène de mondialisation?
R: Oh oui! Bien sûr!

Q: Quand cela a-t-il débuté? Comment cela se manifeste t-il? Quelles en sont les causes, les conséquences notables?
R: Et bien, tout a commencé dans les années 60 avec l'arrivée des filiales pétrolières. Ce n'est pas l'augmentation de la population, ni même encore l'impact environnemental qui furent les premières conséquences de la mondialisation, mais l'idée, l'esprit, apportés par ces entreprises: la perspective d'un meilleur avenir pour les populations natives, d'une vie plus "facile", promis par les travaux dans ces entreprises. Les natifs n'ayant pas été prévenus par ce phénomène, se sont laissés séduire par ce nouveau "way of life". La culture aluttiq commençait déjà à se perdre. Cela n'a fait que s'aggraver en 1971 avec l'Alaska Native Claims Settlement Act. De nos jours, l'état continue à prendre des terres aux natifs. Le pire dans tout ça, c'est que les natifs dont l'âge est inférieur à 30 ans n'ont plus aucun droit sur, ce qui était auparavant, leur terre, la terre de leurs ancêtres.

Q: Cela signifie que dans les prochaines années, les terres natives sont vouées à disparaître petit à petit au profit de l’État!
R: Il hoche la tête en signe d'approbation

Q: Y aurait-il encore d'autres choses que le phénomène de mondialisation véhiculerait sur Kodiak?
R: Aujourd'hui, nous sommes confrontés à un autre problème et ça (il pointe du doigt son ordinateur) en est la cause. De nos jours, on a accès aux informations tellement facilement. Internet, WIFI, téléphones portables: toutes ces hautes technologies permettent de véhiculer l'information partout dans le monde en quelques secondes. Tout arrive désormais au bout du doigt en un seul clic.

Q: Et en quoi est-ce un problème?
R: "Internet" véhicule beaucoup de choses fausses! Quand je dis "Internet", je ne pointe pas du doigt et ne critique pas le système de partage d'information mais les quiproquos que l'on peut faire aisément et que l'on peut véhiculer très rapidement par la suite. Les natifs ne sont pas éduqués de sorte à avoir un esprit critique! Cette constatation est vraie d'un point de vue plus large! De nos jours, lorsqu'on éduque des élèves, on leur demande tout simplement de mémoriser ça . Tu vois cette page? Tu l'apprends! Seule la mémorisation est évaluée! L'esprit critique est mis de côté! Les natifs ne peuvent pas discerner le faux, du vrai! Ils en deviennent d'autant plus vulnérables, manipulables.
  Lorsqu'une personne n'est pas éduquée de façon à raisonner avec un esprit critique, elle prend tout ce qu'elle entend ou voit pour vrai! Nous ne voulons pas que ce soit le cas, aussi bien pour les natifs que pour les non-natifs.

Q: Vous pensez donc que l'éducation peut résoudre ce problème?
R: Non. De nos jours, l'éducation est "détruite". Elle suit un protocole bien établi par les autorités. Et bien qu'il soit nécessaire de la modifier, ce n'est qu'un élément parmi tant d'autre. Je suis à l'origine de Old Harbor (village natif sur Kodiak: 220 personnes). Nous étions 9 à prétendre passer le "Highschool Diploma" (sorte d'équivalence avec le Baccalauréat). Sur les 9 étudiants que nous étions, 3 sont morts et 3 autres ont abandonné. Les causes? L'alcool, les drogues, mais également les professeurs qui, en voyant que les élèves n'ont pas le niveau et soucieux de maintenir des statistiques de croissance pour leur école, n'encouragent pas les élèves à progresser et les incitent même à abandonner. Tu sais, on peut faire croire tout et n'importe quoi en manipulant les chiffres, les statistiques. Il ne faut pas croire les résultats affichés par ces écoles. Ils sont clairement faussés et cachent la réalité de la chose: une éducation gravement atteinte.
  Hier soir, j'ai discuté avec père Oleska. Nous avons tous deux fait nos études à Old Harbor. Nous parlions justement de ça, de cette décadence. Tous deux sommes, ce que l'on pourrait considérer comme "les réussites" de cette éducation mais nous ne sommes en réalité que des survivants.
  Il est donc important de faire le maximum de sorte à ce que les jeunes d'aujourd'hui fassent appel à leur esprit critique et qu'ils soient conscients que leurs actions ont un impact, aujourd'hui ou demain!

Q: Votre musée peut il intervenir à ce sujet? Opérez-vous au travers d'actions annexes?
R: Par nos actions, on lutte pour réunir les vraies informations, les vraies connaissances que nous avons de la culture Alutiiq. Notre but est de pouvoir donner accès à des informations valables. Après, il faut qu'ils aillent prendre ces informations.
  Nous avons actuellement pu apporter notre soutien à deux étudiants (en partie natifs) pour leurs études (7500 $ chacun) pour les aider à atteindre un niveau d'éducation correct.

Q: Et en ce qui concerne le réchauffement climatique êtes vous sévèrement touchés à Kodiak?
R: J'ai travaillé 8 ans dans le cercle polaire arctique. Je faisais partie d'une équipe qui apportait des informations au National Academy of Sciences quant aux recherches en Arctique et en Antarctique. On a alors pu remarquer, notamment par l'étude des glaciers les impacts environnementaux en Alaska.
  Voici un livre qui traite du réchauffement climatique et qui pourrait, de ce fait, t'intéresser: Storms of my Gran Children de James Hansen.
  En ce qui concerne Kodiak, le réchauffement climatique à des répercussions évidentes. Les tempêtes ont lieu beaucoup plus soudainement! Auparavant, lorsque nous étions en mer et qu'une tempête s'annonçait nous avions environ une heure pour nous mettre à l’abri. Désormais, c'est immédiat. 
  Ce n'est pas tout. La température des océans change, à l’origine d'une modification importante de la faune marine! Kodiak, ville vivant exclusivement de la pêche, est bien sur la première à le remarquer. On peut aussi bien sûr noter de nouvelles espèces d'insectes, d'oiseaux.
  J'aime faire des gravures avec le bois des cèdres jaunes et rouges échoués sur les plages. Les morceaux de cèdre rouge, portés par les courants, proviennent des îles Aléoutes. Les fragments de cèdre jaune, quant à eux, proviennent du Sud-Est de l'Alaska. Toutefois, ils deviennent de plus en plus rares. Encore une conséquence notable du réchauffement climatique...

Q: Certaines personnes disent que cela fait partie d'un cycle naturel. Quand pensez-vous?
R: Je suis d'accord! Néanmoins, n'oublions pas qu'avant cela prenait des siècles! Désormais, tout se passe en quelques décennies! La vitesse à laquelle tout cela se passe prouve que l'impact environnemental du réchauffement climatique est évident.
  L'étude sur les rejets de dioxyde de carbone est bien sur l'exemple le plus utilisé et ce n'est pas l'utilisation du pétrole qui en est la principale cause aujourd'hui, mais bien celle du charbon! La Chine, par exemple, commence à peine à changer son exploitation énergétique du charbon au pétrole.

Père Michael Oleksa

  Sven Haakanson m'ayant convié à cette "lecture" à l'Alutiiq Museum, je m'y rends sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Je rencontre alors Père Michael Oleksa, prêtre orthodoxe, ayant, tout comme Sven, vécu et étudié à Old Harbor (petit village sur l'île de Kodiak). Il sera le narrateur de la soirée et entre nous, il a du talent!

 Il nous raconte alors l'enquête qu'il fit et la découverte historique qu'il réalisa. Une histoire passionnante et mouvementée qui nous tient (nous sommes une petite vingtaine) en haleine pendant 1h45.

Père Michael Oleska

Sujet: Étude du premier "meurtre" d'un prêtre orthodoxe, Saints Juvenaly et de son compagnon, en Alaska au début du 18ème siècle par les Natifs.

  Énoncé comme ça vous n'y voyez peut être pas grand intérêt, mais l'histoire (bien trop longue pour que je vous la narre) est vraiment intéressante. Père Oleksa traversa l'Alaska de part en part, pour reconstituer la véritable histoire de ce meurtre et non pas celle racontée par un des explorateurs russes de l'époque dans un de ses ouvrages (Père Michael Oleksa prouva qu'il ne s'agissait que d'une invention de l'époque). Il prouva notamment l'existence de cet autre compagnon (au prénom inconnu), natif provenant d'une tribu différente de celle dont fait partie les "assassins" et qui accompagna Saint Juvenaly.

Après avoir prouvé que l'ouvrage publié par l'explorateur russe n'était qu'un amas d'inventions, obtenu l'accord de l'Eglise Orthodoxe quant à l'exactitude de ses recherches, il créa cet icône.
  Ce qui est très intéressant dans cette "lecture", en plus de l'histoire que je ne peux, à mon grand regret, pas vous faire partager, c'est les 4 morales que l'on peut tirer de cette longue enquête. Je ne peux pas vous dire les exemples qu'il employa pour les prouver car bien trop longs mais ses conclusions sont toutes cohérentes avec les éléments qu'il apporta pour les illustrer.

1) Chez les natifs en Alaska, quelque soit leur tribu, la tradition orale est extrêmement fiable. (En gros, aussi étrange que cela puisse paraître c'est l'extrême opposé du phénomène qu'on appelle en France, le "téléphone arabe"). On apprend dans ces tribus à raconter avec une incroyable exactitude les faits passés, d'où leur fiabilité. Cela fait partie de leur culture.
2) Si un livre et les paroles d'un ancien s'opposent, croyez l'ancien.
3) De nos jours, la tradition orale se perd et donc avec elle toutes les histoires du passé, tout le patrimoine culturel.
 4) La tradition orale se perdant, il est dur de garder des traces du passé. Les images peuvent narrer des histoires au travers des années et permettent à leurs spectateurs de "comprendre rapidement ce qui se passe".

* Père Michaël Oleska étant professeur dans une école orthodoxe, il inculque cette expérience à ces élèves et tente de leur faire prendre conscience de l'importance de perpétuer cette tradition de leurs ancêtres. L'interview de Sven Haakanson qui suivra vous permettra de comprendre pourquoi cet éveil des nouvelles générations de natifs est essentiel.